Lass

Il y a des albums qui restent comme des pierres d’angle, des étapes essentielles dans la discographie d’un artiste. Passeport marquera sans doute celle de Lass d’une façon indélébile. Sur ce second disque, le formidable chanteur sénégalais déculpe les qualités appréciées sur son premier album (Bumayé en juin 2022) ayant alors fait de lui un « ambassadeur prometteur » de la musique africaine moderne selon le journal Le Monde à l’époque. Ce nouveau disque est d’abord le signe d’une solide expérience acquise par le live, avec plus de 120 dates en Europe, dont certains des plus grands festivals (Montreux Jazz, Vieilles Charrues, Sziget), et des invitations prestigieuses comme celles de Fatoumata Diawara, Roberto Fonseca à la Salle Pleyel de Paris, Guts au Jazz Café de Londres, ou Jovanotti en Italie (Venise et Naples).


Ce nouveau disque est surtout le fruit d’un enregistrement avec le talentueux producteur Jordan Kouby (Hindi Zahra, Keziah Jones, Ayo, Fakear, etc). Ce dernier a présenté à Lass de nouveaux complices en studio, dont les cuivres en or du collectif Cotonnette, et le fougueux Florian Pellissier aux claviers… Tous ont complété avec un enthousiasme contagieux les nouvelles compositions originales des musiciens de Lass : Etienne Kermarc, Nico Taïte, et le guitariste sénégalais Magaye Gueye qui marque ce disque de ses cordes magiques sur presque tous les morceaux.


Bien sûr, le cœur de cet album reste les mélodies et la voix époustouflante de Lass, un talent qu’il affine depuis sa tendre enfance au Sénégal, lorsqu’il entrainait sa voix face à l’océan à Thiaroy- sur-mer, la banlieue de sable où il est né. On connait désormais son histoire, des premières parties de Daara J à Dakar jusque dans les soirées du Voilaaa Sound System après son arrivée en France, sans oublier les tragédies et les combats sur la route : les amis disparus dans les pirogues en mer, la difficulté pour traverser les frontières et rejoindre la mère française de ses enfants, le chômage, les premiers « concerts » sauvages au chapeau dans les gares…


Mais Lass a fait son chemin, embarquant au passage ceux qui croient en lui. Bruno Patchworks du Voilaaa Sound System est ses côtés depuis le début, et le compositeur signe encore ici « Massamba », le premier single de l’album.  Ce titre d’une finesse rare pour un tempo si dansant est l’une des pépites de ce disque. Le grand Patchworks en a composé une autre : « Samba », six minutes de transe jazz-funk, noire et céleste, typiquement le genre de morceau qui marque un disque par sa profondeur spirituelle. « Rano » avec David Walters propose une excursion groovy dans les appendices caribéens de l’Afrique. Au passage dans les îles antillaises, Lass récupère un piano étincelant du cubain Roberto Fonseca sur l’épilogue de « Sory », en réponse à une kora bien malienne pour le coup. Rumba dakaroise (« Wessounga ») ou ambiance de carnaval brésilien (« Xale »), Lass se promène partout dans l’héritage de la black music, le fil rouge du disque restant l’alchimie entre sa voix impressionnante et la production raffinée de Jordan Kouby. Même lorsqu’il se lance dans un ou deux titres plus électro (l’énergique « Passeport » pour enflammer les dancefloors), il invite un tama typiquement sénégalais à accompagner les claviers digitaux. 

Lass apporte aussi un soin particulier aux messages et il a rédigé les explications suivantes sur chacun de ses morceaux (voir ci-dessous). Ses ritournelles parlent d’éducation, d’amour, d’égalité, et de savoir apprécier la vie au quotidien, simplement.  Le titre de l’album se comprend d’ailleurs de plusieurs manières possibles : au sens littéral d’abord, interrogeant sur la validité des passeports africains qui ne permettent presque jamais à la population de quitter le continent ; mais ce disque propose surtout un passeport pour la musique de Lass, c’est-à-dire pour un enchantement collectif, puisque se rassembler, communier, danser et faire la fête ensemble malgré nos origines différentes, est aujourd’hui un acte de résistance politique. Pour accorder les actes aux paroles de ses chansons, la sortie de cet album sera encore suivie de dizaines de concerts jusqu’à la fin de l’été. Une première date parisienne à son nom est prévue le 23 mai au Café de la Danse, et plusieurs festivals estivaux continueront à propager le feu tout au long de cette année 2024.


Share by: